Adelles, c'est la tôlière du blog pour mieux attendre (si tu connais pas, c'est certainement que tu vis au fin fond d'une grotte depuis pas mal de temps).

Adelles, elle a trouvé le moyen de vivre une grossesse gémellaire alors que l'intérieur du zizi de son chéri est un peu moisi.

Adelles, elle a été enceinte en même temps que moi. J'ai tout bien suivi, des débuts aux angoisses liées à la prématurité.

Adelles, j'adore la lire car je trouve sa vision de la maternité très humaine, ni trop suspectement parfaite, ni trop affreuse pour te coller le bourdon.

Adelles, c'est un peu mon héroïne du quotidien, elle est même pas décédée alors qu'elle est propriétaire de jumelles.

Adelles, j'ai discuté avec elle il y a peu par mails interposés suite à un appel d'offre sur son blog. Je l'ai recontactée suite à mes interrogations suite aux absences de M.E., et elle m'a offert un magnifique texte que sérieux, ça serait un crime de ne pas publier.

Merci à toi pour ce merveilleux cadeau, tu as réussi à me faire rire et à m'émouvoir en même temps, et j'adore tes conseils que je trouve très judicieux.

 

L'absence ne fait mal que de ceux que l'on aime (Corneille) (le poète, pas le chanteur désespéré)
 

Quand le Homard a démissionné de son précédent travail (travail exclusivement sédentaire je précise), nous ne savions pas que j’étais enceinte (et encore moins que mon utérus abritait deux embryons). Trois semaines plus tard, je parvenais à dessiner une croix bleue sur un bâton par le seul pouvoir de mon urine. Mais il était trop tard, la démission était posée, le nouveau contrat signé, au Homard le nouveau travail intéressant, au Homard le salaire enthousiasmant, au Homard les innombrables déplacements.

Depuis, le Homard part régulièrement et de mon côté j’ai appris à apprivoiser ses périodes de déplacements. Avec plus ou moins de bonheur, avec plus ou moins de fluidité, avec plus ou moins de solitude.

Au fur et à mesure des mois, j'ai mis au point un arsenal d'astuces pour mieux vivre ses moments de maternité solitaire.

 

Secret n°1 : ne pas anticiper (et croyez-moi, quand on me connaît dans la vraie vie, c’est TRES drôle de lire ça).

La dernière fois qu’il est parti travailler loin de nous, le Homard me l’a appris le vendredi pour le lundi. A la fin de la première semaine d’absence, il est rentré… pour m’annoncer qu’il repartait.

Et en fait, c’est une chance pour moi de ne pas savoir à l’avance quand il sera absent car je n’ai ainsi pas l’occasion d’angoisser sur ma future solitude.

 

Secret n°2 : ne pas rester en mode patate de canapé.

C’est un secret qui est valable également pour les mercredis que je consacre à mes Poites (c’est un petit nom affectueux pour nommer mes filles dont il serait beaucoup trop long de vous raconter la genèse).

Quand je suis seule avec les Poites, on s’O-CCU-PE. Des sorties au parc, des balades en voiture ou en poussette, des tours de manège, des virées à la médiathèque, des séjours en terrasse. Vive les sorties ! Parce que quand elles restent plus de 2 heures à tourner autour de moi en suivant mes déplacements d'une pièce à une autre, voire à s’accrocher chacune à une de mes jambes dans une attitude digne des meilleures Marennes Oléron, je ne suis plus une mère aimante, je suis une mère oppressée.

 

Secret n°3 : ne pas perdre le rythme.

Ce secret n°3 est le plus important des secrets de ma réussite. Je ne suis pas déstabilisée par les absences du Homard parce que je conserve le même rythme quand il est là.

Explications.

Même quand il a une vie de sédentaire, le Homard part tôt (7h en moyenne) et revient tard (pas avant 19h30). Et je suis donc seule à gérer les Poites chaque matin et chaque soir (à ce stade-là du récit, vous avez le droit de me trouver formidable). Alors, quand il n’est pas là, rien ne change vraiment et si on considère qu’en temps normal, il réveille SYSTEMATIQUEMENT Poite n°2 en claquant la porte sur le coup des 7h22, c’est même très légèrement mieux.

 

Secret n°4 : ça peut attendre.

La chose que je réussis le mieux quand le Homard n’est pas là, c’est l’improvisation.

Il n’y a plus rien à manger ? Les Poites grignoteront des babybel.

Je n’ai plus le temps pour les baigner ? Elles seront juste un peu plus sales le lendemain.

Elles sont particulièrement fatigantes ? 19h30, c’est une très bonne heure pour se coucher.

 

Secret n°5 : apprivoiser la solitude.

Quand le Homard est absent et que les Poites sont couchées, certes la maison est bien vide. Certes, il manque cette présence réconfortante, cette silhouette solide sur laquelle je sais pouvoir me reposer. Mais il y a d'autres avantages : à moi le lit par 160, à moi les plateaux repas devant Grey's Anatomy, à moi le legging flappi dès 18h15, à moi les bains brûlants les oreilles plongées dans l'eau silencieuse. La solitude devient charmante si tant est qu'on parvienne à considérer ses pleins plutôt que ses vides (thèse, anti-thèse, synthèse, vous avez 4 heures).

 

Secret n°6 : impliquer l'absent.

Quand le Homard part pour de longues périodes, je n'oublie pas de l'impliquer virtuellement dans nos vies. L'année dernière, quand il est parti si longtemps en Martinique (me narguant quasi quotidiennement d'une photo de langouste fraîchement dégustée), je lui envoyais chaque jour un épisode d'un roman photo bricolé sur un coin d'ordinateur et mettant en scène les Poites dans leurs activités quotidiennes. Ca lui permettait de se rappeler qu'une âme bienveillante prenait soin de ses filles tandis qu'il s'inquiétait de savoir où était sa crème solaire et moi, ça m'occupait autrement qu'à vider le lave-vaisselle ou trier les chaussettes orphelines (toutes celles qui ont déjà trié des chaussettes taille 19 savent de quoi je parle).

 

Voilà, désormais, vous qui êtes régulièrement abandonnées par vos moitiés, vous connaissez mes secrets.

Mais avant tout n'oubliez pas que le meilleur dans l'absence, ce sont les retrouvailles.